Le CAP 22 veut faire disparaître le cash en France
Réalisable ou pas, le comité d’action publique CAP 22 prévoit de supprimer la circulation de l’argent liquide en France. Cette initiative promet d’être difficile, mais le pays n’est pas le seul à planifier cette révolution. D’autant que les moyens de paiement sont actuellement de plus en plus dématérialisés, comme préparant le terrain à une société « cashless ».
Le cash fait actuellement face à une réelle menace de disparition en France, à en croire le rapport récemment communiqué par le CAP 22, qui est rattaché au gouvernement. Il ne s’agit pas d’un cas isolé, car bon nombre de pays, scandinaves et asiatiques, ont montré leur feu vert sur le projet.
Il faut dire que la dématérialisation de la monnaie est un mal pour un bien étant donné les nombreux bienfaits qu’elle apporte. Si l’on ne cite que la fluidité des transactions électroniques qui répond indéniablement aux besoins des consommateurs, les bénéfices qu’engrangent les organismes financiers ainsi qu’un meilleur contrôle par l’État.
Quoi qu’il en soit, le défi ne sera pas facile à relever du fait de l’attachement des Français à leurs liquidités.
Les Français sont peu favorables au changement
Dans son rapport CAP 22, l’État annonce une révolution quelque peu bouleversante concernant la monnaie physique. La France pourrait se transformer en une société sans cash. Ce qui n’est d’ailleurs pas si étonnant étant donné que plusieurs pays de l’Asie et de la Scandinavie maintiennent le même discours. Pour la Chine et la Corée du Sud, par exemple, les espèces ne circuleront plus à compter de 2022. De même pour la Suède à partir de 2030.
Quoi qu’il en soit, c’est une réforme qui s’annonce difficile étant donné que les personnes directement concernées n’y sont pas forcément enthousiastes.
À en croire l’enquête menée par Ifop-Brink’s en mars 2017, 84% des Français sont contre l’extinction du cash. Ils sont 62% à estimer que la dématérialisation des paiements porte principalement atteinte à leur anonymat, d’autant plus que la monnaie physique est disponible pour tous.
En effet, 10 à 15% de la population n’ont pas d’alternative au cash dans l’Hexagone, entre autres les mineurs, les personnes âgées et les ménages financièrement fragiles. Ce changement les condamnera certainement à une exclusion bancaire, voire sociale. L’économiste Didier Marteau confirme d’ailleurs que :
L’une des fonctions principales de la monnaie n’est pas économique, mais sociale. La monnaie est un bien commun partagée par une collectivité, et la faire disparaître dans son expression "manuelle" est un acte politique de désagrégation sociale.
Didier Marteau.
Tout le monde devrait s’en sortir avantagé
L’essor de la dématérialisation des moyens de paiement est une preuve irréfutable de la future disparition du cash. En effet, l’évolution des comportements des consommateurs vers le digital est incontestable. Ces derniers sont de plus en plus nombreux à faire des achats en ligne, à choisir le paiement mobile ou en ligne, et même la solution sans contact (dix fois plus utilisée en l’espace de trois ans).
Il va sans dire que la fluidité des transactions électroniques est fortement appréciée par les consommateurs d’aujourd’hui, désireux de préserver au maximum leur temps. C’est ce qu’explique le cofondateur de Pumpkin, Constantin Wolfrom, en vantant la simplicité des fonctionnalités de son application :
La rigidité du cash est supplantée par la flexibilité et la simplicité des options de paiement électronique. On peut désormais payer instantanément en appuyant sur un bouton.
Constantin Wolfrom.
Toujours est-il que les consommateurs ne sont pas les seuls à profiter des atouts de la monétisation numérique. Les établissements financiers (banques et Fintech) profitent aussi des transactions électroniques, qui génèrent en leur faveur des frais bancaires et d’autres commissions, boostant ainsi leurs revenus.
Pour les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) et les BATX (Alibaba, Baidu, Tecent…), l’enjeu est de taille, vu les énormes flux de données qui y circulent. Pas étonnant qu’ils déploient leurs propres systèmes de paiement digitaux.
L’État trouve aussi son compte dans une économie sans cash. D’un côté, il bénéficie d’une réduction de coût non négligeable dû à la création des pièces et des billets. Selon la Banque centrale européenne, ceci s’élève à 129 euros par habitant par an. De l’autre côté, le contrôle des flux financiers s’avère plus facile lorsqu’ils sont dématérialisés. Michel Sapin avance que :
La limitation du cash est une manière de lutter contre la fraude fiscale, la corruption, le terrorisme les trafics. L’argent sale est d’abord liquide.
Michel Sapin.