Les néobanques ne parviennent toujours pas à trouver l’équilibre entre conquête client et rentabilité
La concurrence entre les néobanques ne cesse de s’intensifier depuis quelques années. Cette rivalité se manifeste notamment par l’augmentation rapide du nombre d’utilisateurs et la valorisation de plus en plus conséquente de chaque enseigne. Toutefois, en dépit de leurs actions spectaculaires, ces nouveaux acteurs du secteur bancaire restent majoritairement déficitaires à l’échelle mondiale.
La start-up spécialisée dans les paiements, Syrtals Cards, vient de présenter sa troisième étude consacrée aux néobanques. Elle a notamment constaté une accélération significative de l’expansion de ces nouveaux acteurs sur le Vieux Continent et outre-Atlantique. Par ailleurs, grâce à des levées de fonds de grande envergure, ces entreprises ne cessent d’accroître leur valorisation en 2019.
La Fintech allemande N26, par exemple, est désormais valorisée à 3,5 milliards de dollars, tandis que la néobanque britannique Revolut est estimée à 1,7 milliard de dollars.
Cependant, ces chiffres impressionnants sont légèrement en décalage avec la rentabilité de leurs activités. En effet, la plupart de ces entreprises continuent d’afficher un déficit conséquent.
Un modèle à repenser ?
Les analystes de Syrtals Cards prévoient la multiplication des dommages collatéraux face à l’intensification de la concurrence entre les néobanques et les établissements traditionnels. À court et à moyen terme, ce phénomène se traduira par l’augmentation du nombre Fintech en faillite ou en redressement financier dans le monde entier.
Le cas de la néobanque américaine Finn tend à confirmer cette prévision. En effet, la banque de renommée mondiale JPMorgan Chase a dû se résoudre à fermer sa filiale numérique en juin dernier. De même, Denizen de BBVA est en pleine cessation d’activité.
Selon le directeur général de Syrtals Cards, Angelo Caci, les néobanques ont tout intérêt à repenser leur positionnement et leur capacité de distribution pour assurer leur croissance sur le long terme.
De plus, cette démarche permettra de séduire les consommateurs sans menacer la pérennité de leur activité.
Même si elle s’avère prometteuse, l’initiative en question remet inévitablement en cause les fondements de ce type de structure et le modèle en vigueur dans le secteur. Les experts les plus optimistes font néanmoins référence aux débuts difficiles d’Amazon.
Un secteur perdant beaucoup d’argent
Revolut revendique actuellement 8 millions d’utilisateurs et ambitionne de dépasser le seuil des 12 millions de clients à l’horizon 2021. La néobanque britannique affiche pourtant un déficit de 32,8 millions de livres cette année, contre 14,8 millions en 2017. Elle illustre parfaitement la situation de la majorité des acteurs dans ce secteur. Ils séduisent les clients, mais perdent de l’argent.
La banque mobile allemande N26 se retrouve aussi dans cette situation quelque peu incongrue. En effet, elle continue d’être déficitaire en dépit de ses 4 millions de clients. De son côté, Monzo a perdu 47,2 millions de livres en 2018, pour 9 millions de livres de chiffre d’affaires.
Cette tendance est également perceptible en France, notamment avec Boursorama. Les pertes de l’entreprise en 2018 ont en effet atteint les 28 millions d’euros. Il faut dire qu’avec l’intensification de la concurrence, le coût des opérations promotionnelles devient de plus en plus important pour les néobanques.
Néanmoins, le marché français recense quelques exceptions comme Nickel qui a dépassé son seuil de rentabilité en décembre de l’année dernière.