Le paiement instantané poursuit son essor malgré les freins
L’essor de l’instant payment s’accélère avec la multiplication des cas d’usage à travers la zone SEPA. À l’horizon 2023, la Banque centrale européenne (BCE) estime à 23 % la part du paiement instantané sur l’ensemble des transactions effectuées en Europe. Dans l’Hexagone, le taux d’adoption pourrait atteindre 13 % d’ici à 2022.
Multiplication des cas d’usage du paiement instantané
De plus en plus de banques françaises, traditionnelles ou en ligne (Groupe BCPE, Société générale, BNP Paribas, CIC, Boursorama, Fortuneo, Hello Bank!, etc.) et même des néo-banques, proposent le virement de compte à compte en quelques secondes. Depuis le mois d’avril, le service est également disponible via Paylib, favorisant les transferts d’argent entre proches.
Et le paiement instantané s’intègre progressivement à de nombreux secteurs comme celui du voyage avec la récente annonce d’un partenariat entre Natixis et Air France pour l’achat de billets d'avion, tandis que dans l’assurance, les clients de Natixis peuvent obtenir une indemnisation en temps réel pour des sinistres simples. Uber prépare de son côté un système de paiement de ses chauffeurs immédiatement après la course.
D’autres cas d’usage sont à l’étude pour apporter des services à forte valeur ajoutée pour les particuliers, les entreprises ou les travailleurs indépendants :
- extension des virements express aux grandes entreprises,
- réception de son salaire,
- obtention immédiate d’un prêt à la consommation,
- règlement d’un artisan pour une prestation à domicile,
- achats sur les sites d’économie collaborative ou auprès d’un autre particulier,
- …
Preuve de l’intérêt des consommateurs pour ce nouveau mode de paiement, BNP Paribas et la Société Générale revendiquent chacun 2 millions de virements instantanés depuis le début de l’année.
Important Pour autant, la marge de progression est importante pour égaler le nombre de virements standards réalisés en France (325 millions par mois) ou encore celui des instant payments enregistrés mensuellement en Grande-Bretagne (200 millions), où il existe depuis 2008.
Une généralisation freinée par le coût et les contraintes techniques et réglementaires
Il est vrai que le développement des paiements instantanés se heurte à différents obstacles. D’une part, son déploiement requiert des investissements lourds.
Important D’autre part, les banques doivent trouver le bon modèle économique pour le positionner entre le virement classique gratuit et la carte bancaire, star incontestée des transactions en ligne.
Enfin vient le prix, de l’ordre de 0,60 à 1 euro par transaction alors que les consommateurs cherchent à réduire leurs dépenses en frais bancaires.
En outre, l’arrivée de la directive européenne sur les services bancaires (DSP2) n’est pas sans poser problème. Certes, en rendant obligatoire l’authentification forte, elle renforce la sécurité des transactions financières et favorise le recours au paiement instantané. De plus, en ouvrant l’accès aux données des banques via leurs API, elle permet aux tiers de lancer des ordres de paiement.
- Toutefois, sa mise en œuvre s’accompagne de complications, notamment :
- la recherche d’une application de paiement performante et sécurisée,
- la redirection vers le portail de la banque pour la double identification,
- l’obligation de changement régulier des mots de passe,
- …
D’ailleurs, le très faible pourcentage d’établissements ayant réussi à se conformer à ces exigences en septembre (18 %), date prévue de son entrée en vigueur, a contraint à reporter celle-ci à mars 2021. Selon les experts, ce délai supplémentaire de 18 mois est tout juste suffisant pour permettre à toutes les parties prenantes de créer et tester des cas d’usage concrets. Il y a donc urgence pour les banques, commerçants et fournisseurs de service.