La réforme de la carte bleue pour les demandeurs d’asile soulève des controverses
Conçue à l’origine pour recevoir le versement de l’allocation et effectuer des retraits, la carte bleue des demandeurs d’asile deviendra bientôt une carte de paiement uniquement. Une réforme qui donne lieu à de vifs débats entre l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et les acteurs sociaux. Ces derniers dénoncent une stratégie visant à restreindre son utilisation.
La réforme de la carte bancaire des demandeurs d’asile a été annoncée par l’OFII le 23 juillet dernier. L’entrée en vigueur de cette mesure a été prévue pour 5 septembre dernier. Cependant, eu égard aux tensions qui se sont installées avec les acteurs sociaux, elle a finalement été repoussée au 5 novembre prochain.
En effet, selon ces derniers, il s’agit d’un moyen de limiter l’accès aux aides sociales. L’OFII soutient cependant une solution pragmatique développée, au contraire, pour faciliter l’utilisation de cette aide au quotidien. Une explication qui ne convainc pas les acteurs sociaux.
Une mesure de sécurité
Pour l’OFII, le choix d’une carte de paiement est évident. L’organisme, rattaché au ministère de l’Intérieur, a en effet constaté les difficultés que rencontrent les demandeurs d’asile lorsque leur solde se trouve à 10 euros. Une somme qu’ils ne peuvent plus retirer avec leur carte. Elle n’est pourtant pas minime, car 9 euros représentent déjà 5 % du montant de l’allocation.
Dans le même temps, cette carte de paiement assurera la sécurité des bénéficiaires, selon l’OFII. L’idée est alors de réduire le risque de vols en limitant l’utilisation de liquidités. Les acteurs sociaux ne sont pourtant pas de cet avis. D’après eux, cette décision vise plutôt à limiter la liberté des bénéficiaires. Ils soulignent ainsi que cette carte de paiement unique empêchera ces derniers d’avoir librement accès à l’argent liquide, et ne répond pas à leurs besoins.
Elle peut même dissuader les bénéficiaires de recourir à l’allocation. Par ailleurs, elle est susceptible de porter préjudice aux structures d’accueil qui seront contraintes de déployer de nouveaux moyens logistiques non moins importants.
Le montant de l’allocation demeure inchangé
Proposée durant la procédure, l’Allocation pour demandeur d’asile (ADA) regroupe actuellement 151 000 bénéficiaires et coûte environ 42 millions d’euros par mois. Grâce à ce dispositif, les demandeurs d’asile peuvent accéder à une aide d’un montant d’environ 7 euros par jour.
Soit 200 euros par mois environ pour les personnes seules, et près de 400 euros pour les couples avec enfants. L’allocation est directement versée sur la carte bancaire des bénéficiaires.
L’OFII assure que la réforme n’a aucune visée économique. L’organisme fait ainsi savoir que le montant de l’allocation reste identique même après son application. Il s’agit donc en principe d’une réforme technique.
Cette dernière prévoit 25 paiements mensuels sur cette nouvelle carte. Au-delà de ce nombre autorisé, l’utilisateur doit payer 50 centimes par paiement. Avec le report de la date d’application, l’OFII accorde ainsi aux structures d’accueil un délai supplémentaire pour disposer des technologies nécessaires à son utilisation.
Cet ajournement n’a toutefois pas suffi aux acteurs sociaux. Ils reprochent d’ailleurs à l’OFII de ne pas avoir pris le temps de les consulter. Cette nouvelle décision a en effet été communiquée par courriel. Ils s’attendent ainsi à son annulation.