La popularité des néobanques inquiète les réseaux bancaires traditionnels
Durant leurs premières années, les néobanques étaient considérées comme des services réservés aux technophiles et aux grands amateurs d’applications mobiles. Depuis, elles ont réussi à séduire plus de 3,5 millions de Français. Ainsi, les banques traditionnelles ne peuvent plus ignorer ces nouveaux concurrents. Les grands réseaux doivent même adopter leurs codes pour éviter de perdre massivement des clients.
Des enseignes comme N26, Revolut, Monese, Nickel, Bunq ou encore Ditto sont désormais incontournables dans une comparaison néobanque. Pourtant, même ce terme était inconnu du grand public il a encore quelques années. Il désigne une grande diversité de nouveaux acteurs du secteur bancaire, portés par les progrès technologiques et l’ambition de réinventer le monde de la finance.
Compte tenu de leur nombre de clients en 2019, cette nouvelle génération de banques semble avoir réussi son pari de transformer radicalement les habitudes des consommateurs. Toutefois, son succès reste encore relatif en raison de problèmes de rentabilité. Néanmoins, la situation est sur le point de changer.
Les banques tradionnelles sceptiques, mais prudentes
L’offre proposée par les néobanques est généralement très basique, comme le soulignent les professionnels du secteur. Autrement dit, ces acteurs sont encore loin de pouvoir fournir des services bancaires complets pouvant rivaliser avec les établissements financiers traditionnels. De ce fait, ces derniers ont sous-estimé leurs nouveaux concurrents au début.
D’ailleurs, selon certains analystes, les sommes faramineuses dépensées dans le secteur relèvent davantage d’une question d’image que d’une stratégie de développement à long terme. Suivant cette logique, de nombreuses enseignes continueront donc de perdre de l’argent en conquête et fidélisation de clients avant de disparaître.
Malgré le scepticisme ambiant, les banques traditionnelles se montrent prudentes et déploient des moyens conséquents pour faire face à ces nouveaux concurrents. Toutefois, il ne s’agit plus de conserver leurs positions dans le milieu. Les établissements financiers classiques doivent désormais relever le défi du « mouvement » en se focalisant sur la dynamique du marché et les évolutions technologiques.
Dans ce contexte, Société Générale a récemment présenté son offre Kapsul pour rivaliser entre autres avec Ma French Bank de La Banque Postale. La Caisse d’Épargne et le Crédit Agricole proposent également des services similaires, baptisés respectivement Enjoy et Eko.
De son côté, BNP Paribas a préféré adopter une stratégie différente en misant sur une formule qui a déjà fait ses preuves. Le groupe a ainsi décidé de racheter Nickel en 2017 afin de soutenir efficacement cette néobanque prometteuse dans ses projets d’expansion.
Des services bientôt rentables ?
Le directeur général de N26, Jérémy Rosselli, a expliqué à l’AFP le changement de paradigme en cours dans le secteur bancaire et financier en général. Selon lui, de nombreux nouveaux acteurs arrivent actuellement sur le marché grâce à un contexte réglementaire favorable. De plus, leur croissance tend à s’accélérer au rythme des progrès technologiques.
Le dynamisme du milieu est notamment perceptible à travers le volume croissant des levées de fonds réalisées par les Fintech ces dernières années. À chaque tour de table, les néobanques parviennent à obtenir des dizaines, voire des centaines de millions d’euros auprès d’une grande diversité d’investisseurs. Ces derniers semblent désormais convaincus par le business model de ces nouveaux acteurs.
Toutefois, la stratégie adoptée par les néobanques jusqu’à présent implique un coût trop élevé pour être rentable. Elles ont en effet tendance à tout miser sur la conquête clients. Pourtant, leur source de revenus reste très limitée à cause d’une grille tarifaire dominée par la gratuité. De ce fait, la majorité des banques nouvelle génération perdent de l’argent.
Néanmoins, le directeur général de N26 a tenu à relativiser cette situation en évoquant l’importance de la taille critique dans le développement de toute nouvelle structure. Cette étape est incontournable avant d’atteindre la rentabilité.
En attendant, la meilleure solution consiste à séduire le maximum de clients et d’augmenter sa part de marché. De plus, les acteurs du secteur évoluent actuellement vers le freemium, des services gratuits accompagnés d’options payantes. Il s’agit d’une formule rémunératrice sur le long terme.