La BCE est favorable à la création d’un réseau de paiement paneuropéen
En matière de paiement, la quasi-totalité des opérations mondiales transite via les réseaux Visa et MasterCard. Une situation qui amène certains observateurs à s’interroger sur la nécessité pour l’Europe de se construire un réseau paneuropéen de paiement. Le continent en aurait besoin pour raffermir sa souveraineté et se libérer de sa dépendance à l’égard des systèmes de paiements américains.
Pour une Europe indépendante
Pour mémoire, en 2014, en guise de sanction suite à l’invasion russe de la Crimée, la diplomatie américaine a ordonné le gel des moyens de paiement de plusieurs hauts responsables russes.
Ces derniers se sont retrouvés dans l’impossibilité de retirer de l’argent de leur compte bancaire ni d’opérer des achats.
Cette répression américaine a été rendue possible grâce à Visa et MasterCard, les leaders mondiaux des systèmes de paiement. Ces sociétés à capitaux privés ont servi de bras armé du gouvernement américain.
Cet évènement attire l’attention sur le risque qu’encourt un pays, dont le fonctionnement des paiements repose principalement sur la technologie d’un autre. C’est le cas actuellement de l’Europe à l’égard du pays de l’oncle Sam.
À cela s’ajoute la menace liée à l’accès aux données. Ces réseaux traitent en effet des informations ultra sensibles.
Certes, les prestataires de paiements garantissent aujourd’hui leur intégrité, mais pourront-ils résister longtemps aux pressions mises en œuvre par les autorités gouvernementales ?
Le risque est élevé, d’autant plus que la quasi-intégralité des transactions européennes s’opère via les réseaux Visa et MasterCard.
Un système de paiement européen
ImportantPour remédier à cette vulnérabilité structurelle, la Banque centrale européenne, avec le soutien d’un bon nombre de banques, a mis au point l’European Payment Initiative (EPI). Ce projet vise à mettre en place un réseau de paiements paneuropéen pour se substituer à Visa et MasterCard.
Dans cette optique, l’institution a développé une technologie de paiements instantanés, et prévoit de débloquer plusieurs milliards d’euros pour en surmonter les défis techniques.
L’aspect commercial demeure le plus gros challenge. Il faudra séduire les commerçants et les utilisateurs finaux pour qu’ils adoptent ce nouveau système. La faiblesse des frais de réseaux pourrait alors être un bel argument pour convaincre les commerçants, mais serait-ce suffisant ?
D’autre part, réussir à changer les habitudes des consommateurs reste un pari loin d’être gagné.